Exposition « Me, myself and F. » / Pierre Bendine-Boucar / La Galerie / Jusqu’au 27 juillet 2018

Vernissage le mercredi 9 mai 2018 de 14h à minuit à la galerie (15 rue du Chevalier Roze) dans le cadre de l’ouverture du 10e Printemps de l’Art Contemporain à Marseille.
Soirée festive à l’atelier (34 Boulevard National), en collaboration avec l’Atelier Ni le samedi 12 mai de 22h à 2h : Ni x TCHIKEBE invitent MARSEILLE MANHATTAN.

Exposition visible jusqu’au vendredi 27 juillet 2018.

Pierre Bendine-Boucar

1968 / vit et travaille à Nîmes et Marseille.

Pierre Bendine-Boucar
Me, Myself and F.

par Clémence Agnez

Les éditeurs Tchikebe présentent le fruit de leur dernière résidence avec l’artiste Pierre Bendine-Boucar. La dominante est claire : cagoule et tartan. Un slogan aux allures d’oxymore, on se demande ce qu’il se joue entre le motif textile bien sous tous rapports et l’alignement inquiétant des cagoules brutalement peintes et installées au mur. Celui-ci s’est doté du même canevas écossais, rudoyé dans sa facture par un traitement gestuel explosif. La grande fresque qui constitue la trame de fond de l’exposition est le résultat d’une performance tenue dans le secret du montage, à l’occasion d’un week-end à huis clos entre l’artiste et un groupe de musiciens. Le caractère processuel du wall painting pourrait sembler anecdotique si il ne rentrait en résonance avec la mise en récit qui accompagne les cagoules. Quelques documents de natures diverses, polaroids et dessins transférés au trichlo, révèlent l’usage qu’en a fait l’artiste. Il s’agit de photos badines représentant de minuscules évènements quotidiens – ici une vue d’intérieur quelconque, plus loin un portrait au cadrage approximatif – à chaque occurence la présence d’une coiffe portée par un des protagonistes de la scène reste inexpliquée. On comprend que chacun des documents est mis en rapport avec une des cagoules présentées, qu’il en constitue le soutènement historique en signalant le moment précis de sa mise en service, de son activation en quelque sorte. Qu’il s’agisse des cagoules ou de la fresque, l’artiste insiste sur le processus quasi rituel qui inocule dans l’objet une charge immatérielle.
Fétiches de toutes sortes, ils se présentent à nous comme les dépouilles muettes d’un culte burlesque, opaque et manifestement minoritaire.
Les sérigraphies constituent la synthèse de cette rencontre entre cagoule et tartan. Contrairement à ce que la technique permet en matière de reproductibilité, chacune d’elles est unique, travaillée à la main au moment du tirage. L’ensemble décline un visage pluriel dont les états changeants se fixent dans la singularité du motif. Celui-ci reprend les codes de l’étoffe écossaise utilisée à travers les siècles pour différencier les grandes familles et affirmer son appartenance à la communauté. Héraldique à la mode gaélique, l’enchevêtrement particulier des lignes colorées semble ici renvoyer à une identité pré-civile, séculaire et clanique. Cette diffraction du visage entre mille individualités potentielles donne son titre à l’exposition. Combien de moi entre ME et MYSELF? Et à la fin qui est F.? Associée à la cagoule – coiffe lourdement chargée de symboles et foncièrement polysémique – on devine la volonté de mettre en oeuvre par la ruse une dissolution libératoire de l’individu, soustrait au regard du corps social alentour et à ses propres assignations identitaires. Affranchi des surveillances externes et internes, celui-ci peut alors passer sous les radars qui le coupe de son propre désir pour s’essayer à une vie sans témoin.

 

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